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Introduction

Figurant parmi les cultures hors-sol, l’hydroponie est une pratique agricole qui se passe de sol pour produire des végétaux dans des systémes artificiels. Souvent considérée au même titre que les cultures hors-sols produisant des légumes sans goûts, pauvres en nutriments mais aux capacités de conservations exceptionnelles, l’hydroponie fait souvent les frais d’une mauvaise réputation auprés du grand public.

Pourtant, de même qu’il existe une grande diversité d’agricultures de pleine terre, l’hydroponie est l’une des cultures hors-sols présentant de remarquables capacités adaptatives, et donc une quantité notable de systèmes différents.

Définition

Origine et historique

Le mot “hydroponie” tire son origine de deux termes grecs “hydro”, l’eau, et “ponos”, le travail. On peut alors parler soit de “travail de l’eau”, soit de “l’eau au travail”, soit de “travail avec l’eau”. L’on trouve sa première apparition dans les travaux du Dr William F. Gericke en 1937 mais l’on peut considérer que l’usage des pratiques hydroponiques a véritablement commencé dans les années 1920 [Texier, W., 2005].

En vérité, l’emploi de pratiques reconnues aujourd’hui comme hydroponiques remontent au temps des Aztèques avec leurs Chinanpas (jardins flottants au Mexique), et l’on retrouve également ces concepts dans les jardins suspendus de Babylon.

Définition de l’hydroponie

Au terme “culture hydroponique”, le Petit Robert de la langue française donne la définition suivante : “culture de plantes terrestres réalisée à l’aide de substances nutritives, sans le support du sol” [Texier, W., 2005]. Bien que cette définition manque de précisions, elle résume assez bien ce à quoi correspond cette pratique culturale. L’on peut y ajouter que l’hydroponie est une technologie pour faire pousser des plantes dans une solution nutritive (eau contenant des fertilisants) avec ou sans usage d’un medium (sable, gravier, vermiculite, perlite…) fournissant un support mécanique [Jensen, M.H., 1997].

Cette technique peut être appliquée de deux façons différentes : “en immergeant les racines nues dans une solution nutritives, ou en les plantant dans un substrat autre que la terre, un substrat inerte” [Texier, W., 2005].

Dans les deux cas, l’hydroponie peut permettre de faire pousser n’importe quel végétal en adaptant le système à ses besoins. La question principale restante est de savoir si sa production sera rentable. Cette pratique est aussi connue pour une utilisation en  “fast-growing”. Il s’agit de booster la pousse des arbres pendant le début de leur croissance grâce à l’hydroponie avant de les intégrer en terre.

Les racines des plantes, tenues par le substrat, baignent dans la solution nutritive contenant de l’eau et des fertilisants. Une fois passée par les plantes, la solution passe par un filtre avant de retourner dans un réservoir et d’être redistribuée dans le système.

A ne pas confondre avec la fertirrigation

La fertirrigation est une technique qui consiste à incorporer les éléments fertilisants à l’eau d’irrigation permettant d’améliorer la fertilisation en partie grâce à l’humidité du sol apportée. Cette approche, comme pour l’hydroponie, permet de mieux doser les apports en nutriments selon les facteurs de productivités choisis (objectif de production, moyens), les stades de croissance de la plante et les conditions climatiques externes. Même si cette pratique reprend des concepts utilisés en hydroponie, elle n’en est pas car il ne s’agit pas d’une pratique hors-sol.

DES systèmes hydroponiques

Le terme “hydroponie” réfère à un ensemble de techniques dont certaines sont économes en eau donnant des produits savoureux à haute valeur nutritive et d’autres sont désastreuses pour l’environnement et donnent des produits dépourvus d’intérêt nutritionnel ou savoureux. On peut distinguer les systèmes ouverts où l’eau est rejetée après utilisation, des systèmes fermés où l’eau circule “du réservoir à la plante avant de revenir au réservoir”. Dans ce dernier, la solution nutritive n’entre jamais en contact avec le sol et évite tout risque de pollution des sols ou d’infiltration de nutriments dans les nappes phréatiques.

Un système hydroponique productif repose sur l’adéquation des nutriments apportés avec les besoins de la plante, selon sa variété ou son stade de culture, sur la disponibilité de ces nutriments pour la plante et sur une bonne oxygénation.

Répondant à ces principes, il existe quantité de sysèmes hydroponiques employés selon les disponibilités en matériaux, en eau, en électricité, en matériel technique. On peut noter par exemple une différence entre des systèmes actifs utilisant une pompe (et souvent un bulleur) et les systèmes passifs s’affranchissant de l’électricité [Sheikh, B.A., 2006]. Ils varient également en fonction du niveau de connaissances et de compétence de l’hydroculteur.

Cette variété de possibilités répondant à la d.finition de l’hydroponie établie plus haut confère à ces systèmes un grand potentiel d’adaptabilité à des situations extrêmement différentes et fait de cette technique, un moyen prometteur pour apporter l’alimentation dans des territoires jusque-là isolés, mal desservis et peu ou pas productifs.

COEXISTENCE ET COMPLÉMENTARITÉ AGRICOLE

L’innovation qui inquiète

Souvent lors de l’arrivée d’une innovation quelle qu’elle soit, nombreux s’inquiètent du remplacement de l’ancienne pratique par la plus récente. Ici, s’agissant dans les deux cas de pratiques relevant de l’agriculture, l’agriculture en hydroponie et l’agriculture de pleine terre sont un ensemble de techniques de culture. Qu’elles utilisent la terre directement, s’appuient sur son support ou qu’elles s’en affranchissent, les deux techniques sont des activités humaines destinées à la production. Nous parlerons alors d’agriculture hydroponique ou d’hydroponie.

Une agriculture adaptée à des cas spécifiques

L’hydroponie est un système adaptable à une large diversité de situations, que ce soit dans des champs ouverts, ou en intérieur (aussi nommée culture indoor), cette technique est également à l’étude pour un développement dans l’espace. Dans les pays en développement, l’hydroponie peut apporter une production alimentaire intensive dans une aire limitée [Sheikh, B.A., 2006] et peut même utiliser des eaux désalinisées.

L’un de ses atouts est son potentiel à produire de l’alimentation dans des zones non-arables comme les déserts et les ceintures côtières sèches grâce à sa capacité à s’affranchir du sol. Cela fait de l’hydroponie un système prometteur en réponse aux enjeux de territoires au climat sec et aride pressentis comme de futures grandes victimes du réchauffement climatique.

Ces systèmes très productifs sur de petites surfaces, s’affranchissant du sol et utilisant une quantité d’eau limitée ont également pour avantage de permettre des économies considérables en engrais puisqu’ils seront entièrement disponibles pour la plante en comparaison aux pertes constatées lorsqu’ils sont répandus sur le sol. De même, cet apport de nutriments ciblé, dans le cas où le système ne rejette pas ses eaux directement dans l’environnement, permet d’éviter les risques de pollution des sols et des nappes phréatiques. En effet, la qualité chimique et bactériologique de l’eau dépend du taux de nitrate constaté et la pollution des grands réservoirs d’eau du globe risque de rendre l’eau impropre à la consommation avant de recevoir quantité de traitements pour être buvable.

La mauvaise réputation de l’hydroponie

Souvent l’on considère que ce qui fait le goût des bons fruits et légumes, c’est la terre dans laquelle ils ont poussé. Pourtant en hydroponie il est possible d’obtenir des produits de grande qualité gustative et nutritionnelle.

En réalité, c’est certainement par un bon apport en nutriments, un accès suffisant en eau et une bonne oxygénation du milieu que les plantes expriment leur plein potentiel génétique. A partir de là, le choix des variétés cultivées apporte des qualités nutritives, gustatives, des capacités de conservation, une productivité par pied ou autres caractéristiques spécifiques, de façon propre.

La réputation attribuée de façon générale à l’hydroponie et selon laquelle les produits issus de l’hydroponie n’ont pas de goût est donc fausse par son imprécision. Ce sont les choix de variété et les conditions de culture déterminées par le choix du producteur qui déterminent les caractéristiques finales du produit.

Les produits de supermarché

Les produits que l’on retrouve dans la grande distribution sont sélectionnés pour leurs caractéristiques spécifiques. Le fruit doit être calibré, avoir une longue DLC (Date Limite de Consommation), être attractif (beau) et rentable. Le même système de production dans lequel on cultiverait des variétés différentes (variétés anciennes par exemple) ne donnerait pas les mêmes fruits. Le choix de la variété cultivée est donc décisif.

La détermination des choix sur ces facteurs de production est un parti pris de l’agriculteur, qui dépend de ses objectifs de production. Par exemple, une exploitation agricole dont les produits se destinent à la grande distribution cherchera à maîtriser l’ensemble des paramètres en minimisant les coûts, les interventions sur la culture, maximisant la productivité et conduisant à des produits aux caractéristiques esthétiques et de conservation avancées.

Au contraire, une micro-ferme telle que Les Sourciers, fera le choix de diversifier les produits proposés afin de limiter les risques liés à des contaminations. Cela reste valable pour un agriculteur en pleine terre qui aurait choisi un autre modèle de production.

Hydroponie, aquaponie ou bioponie ?

On parle généralement d’hydroponie au sens large, comme on parle d’agriculture. De la même manière qu’il existe plusieurs agricultures, il existe quantité de différents systèmes hydroponiques utilisant des principes et des matériaux, consommant plus ou moins d’énergie, qui sont écologiques ou non.

Ainsi, l’hydroponie se distingue de la Bioponie car elle utilise des engrais minéraux directement assimilables par la plante alors que la Bioponie utilise des engrais organiques qui devront d’abord être métabolisés par une flore microbienne d’intérêt dans un biofiltre avant de rejoindre le système et alimenter les plantes.

L’aquaponie quant à elle est un mode de production qui combine hydroponie et aquaculture. Dans un système, comme en hydroponie, l’eau circule et est directement au contact des racines sauf qu’ici, la nutrition des plantes provient des déchets de la production de poissons traités. Les éléments nutritifs passent d’organiques à minéraux dans un biofiltre avant d’être redistribués aux plantes.

L’on oppose généralement l’hydroponie . conventionnelle à de l’hydroponie “écologique”.

L’hydroponie “conventionnelle” se réalise souvent sur de trés grandes surfaces, consomme bien plus d’énergie pour être capable de produire toute l’année, dans un mode de production monocultural employant de lourds traitements phytosanitaires permettant de garantir l’obtention de produits vendus à prix de gros et répondant au cahier des charges exigent de la grande distribution.

L’hydroponie “écologique” au contraire utilise des principes imputables à des contraintes liés à detrès petites surfaces et des choix d’approvisionnement et de commercialisation en circuits courts.

Ensuite, un système hydroponique, qu’il soit traditionnel ou écologique, peut être ouvert ou fermé, passif ou actif, utiliser des ressources et matériaux différents et mobiliser des investissements plus ou moins importants.

Afin de proposer des systèmes adaptés, il conviendra d’étudier les conditions climatiques, les matériaux et ressources disponibles, les moyens économiques et fonciers envisageables. D’autre part, c’est l’objectif de production fixé par l’agriculteur qui déterminera le choix final. La diversité des systèmes hydroponiques est suffisamment grande pour trouver un système existant compatible, ou en adapter un pour le rendre parfaitement cohérent.

Les sourciers, micro-ferme hydroponique écolo

Historique

Marion et Nicolas Sarlé, les fondateurs des Sourciers ont eu connaissance de l’hydroponie lorsqu’ils vivaient tous deux en Argentine. Le concept les a beaucoup intéressés et ils ont mis en oeuvre leur premier système hydroponique sur leur balcon.

Ce nouveau mode de culture présageait un nouveau mode de vie et ils ont quitté leur travail pour se lancer dans l’aventure. En 2013, ils s’installaient dans le département du Gers, entraînés par l’opportunité de location d’une serre près de la ville de Condom. Cela permettrait de limiter l’investissement initial et de tester un modèle de production qui a rapidement fonctionné. Très vite, le modèle économique s’est mis en place et les systèmes ont pu être installés petit à petit.

Pionnière en hydroponie, cette micro-ferme a beaucoup intrigué et a suscité de nombreuses questions et visites spontanées. Portés par le souhait de transmettre cette innovation et de la diffuser, Les Sourciers ont alors créé leur chaîne YouTube en 2014 pour y répondre publiquement aux questionnements les plus courants et faire découvrir l’hydroponie. Cette initiative a contribué à communiquer sur l’existence de cette pratique prometteuse et a suscité encore plus d’intérêt et de questionnements.

C’est pourquoi en 2014, Les Sourciers ont lancé leur activité de formation. D’abord sous forme de stages pratiques à la ferme, l’offre a évolué en 2018 avec l’apparition de formations numériques dont la partie théorique, disponible en ligne, permet au plus grand nombre d’y avoir accès très simplement et sans avoir à se déplacer dans le Gers. En complément de ce socle de connaissances, les apprenants peuvent suivre un stage pratique à la ferme. Grâce aux actions de communication et de promotion sur les réseaux sociaux, l’hydroponie se répand de plus en plus et révèle des intérêts dans des territoires de plus en plus lointains.

Une micro-ferme écologique adaptée au rural

Installée sur 650m2, la micro-ferme des Sourciers produit une grande diversité de fruits et légumes de saison.

D’activité saisonnière, la production se répartit entre le mois de février et le mois d’octobre accordant une période de temps réservée à l’entretien de la serre et du matériel. Les clients sont des chefs restaurateurs locaux, pour certains étoilés et une grande partie de la production est destinée à un grossiste en herbes aromatiques.

Les Sources

Jensen, M.H., Hydroponics, HortScience, Vol. 32(6), pages 1818 à 1821, 1997.

Sheikh, B.A., Hydroponics : key to sustain agriculture in water stressed and urban environment, Review paper, Vet. Sc., N°22, 2006.

William Texier, L’hydroponie pour tous, mama éditions, Paris, “jardinages”, 2005, 357 pages.